Conseil Internationa d'Etudes Francophones: La francophonie au feminin: les femmes vues par les femmes dans les litteratures francophones
Session Organizer: Anne M. Francois, Ph.D.
Eastern University
Language Department
1300 Eagle Rd
St-Davids, PA 19087
afrancoi@eastern.edu
Ecrire et lire la femme antillaise dans Juletane de Myriam Warner-Vieyra
Cette communication proposera une lecture de Juletane comme l’élaboration consciente et performative d’une réflexion sur la lisibilité et l’illisibilité culturelles de la femme antillaise en milieu africain. La lisibilité et l’illisibilité de l’héroine éponyme seront commentées à la fois comme exemple de relation entre auteure et lectrice à l’intérieur du texte et comme symptôme d’un ordre social à l’intérieur duquel l’identité de la femme n’est définie qu’à partir de ses relations avec le monde masculin (père, mari, fils, etc.)
Je remarquerai d’emblée l’idée essentielle entre les problèmes d’énonciation et de théorie post-coloniale – nécessité du dédoublement du récit et celui du moi tel qu’il est développé dans Juletane. Le dédoublement du texte semble exiger que la lectrice fictive intégrée dans le récit ainsi que les lecteurs et lectrices réels du roman de Warner-Vieyra considèrent la possibilité d’une autre “imagined community”, une communauté d’auteures (dont Warner-Viera), de lecteurs/lectrices dans laquelle le récit d’une femme devient lisible.
Je chercherai à démontrer que le refus de la maternité dans Juletane, en menacant l’ordre social, s’érige en un principe formel qui permet à l’héroïne de se définir à travers l’écriture. Enfin, je poserai aussi cette question à savoir si Juletane est une remise en question de la représentation de la femme antillaise dans les écritures francophones.
Anne M. Francois,
Eastern University
afrancoi@eastern.edu
Textes réalistes et textes innovateurs : écriture et représentation chez quatre écrivains camerounais
Les décennies qui ont suivi le mouvement féministe ont vu maintes études publiées par des chercheurs occidentaux sur les femmes africaines. Les critiques sont d’accord pour dire que la représentation des Africaines par les étrangers laisse à désirer, car ces regards jetés de l’extérieur sont forcément limités. Par contre, la littérature écrite par les Africaines elles-mêmes s’avère une excellente source de connaissance sur leur vie, dans la mesure où ces ouvres s’inspirent souvent de la réalité vécue. Cette communication porte sur des textes par quatre Camerounaises . Nous examinons la technique narrative qui va de l’écriture réaliste sous forme de fiction autobiographique ou didactique chez Thérèse Kuoh-Moukoury et Delphine Zanga-Tsogo, à l’innovation littéraire chez Werewere Liking et Calixthe Beyala, pour apprécier les personnages féminins que les auteurs mettent en scène. Ecrivant avec une plus grande liberté et originalité d’expression, Liking et Beyala n’hésitent pas à transgresser des zones culturelles taboues. Elles tendent à privilégier des protagonistes en marges de leurs sociétés, pour présenter non seulement de nouveaux portraits de femmes mais aussi pour mener une critique acerbe de la société africaine.
Béatrice M. Mulala
Adrian College
bmulala@adrian.edu
Regards féminins d’Assia Djebar : La femme sans sépulture
Paru chez Albin Michel en 2001, ce roman d’Assia Djebar décrit la trajectoire d’une femme algérienne. Une femme considérée comme disparue puisque son corps n’a jamais été retrouvé par les siens. En fait, Zoulikha, « première fille musulmane diplômée de la région » (18) qui a osé braver les interdits, dépasser les frontières et s’affirmer en tant que femme rebelle contre le conformisme de son époque. Dans le village où elle habitait, elle agissait en tant qu’européenne se promenant sans voile et refusant de se plier aux règles rigides de la société.
Assia Djebar choisit le récit de la vie d’une femme sans sépulture pour re-donner la parole à ces femmes oubliées qui se sont battues durant la guerre d’indépendance. C’est un regard féminin, synonyme de mémoire, pour corriger les lacunes de l’Histoire contemporaine de l’Algérie depuis son indépendance. Le but de notre communication est de montrer comment la prise de parole de Djebar est symbolique de cette voix qui veut faire entendre le silence dans lequel les femmes et leur mémoire sont encore trop souvent enfermées. Sa parole chaude cherche à donner droit de cité au rôle des femmes dans la guerre d’indépendance et d’inscrire dans la mémoire collective de l’ancien colonisateur et celle de la nation algérienne les souffrances dont les femmes ont été victimes.
Najib Redouane
California State University, Long Beach
nredouane@hotmail.com
La femme africaine d’aujourd’hui face à la polygamie: “Une si longue lettre”de Mariama Bâ.
Le genre qui nous détermine à notre naissance nous attribue une nature spécifique et des rôles tout à fait précis selon que nous naissons garçon ou fille. Dans l’Afrique traditionnelle, déjà à l’entrée de la vie, le garçon était perçu comment un être qui vient au monde avec des atoûts majeurs; un être qui a plus d’autorité, un être qui a reçu du ciel le don de domination. De ce fait, dès le bas âge déjà, le petit garçon est guidé dans ses instincts, ses désirs canalisés, ses aspirations comprises et parfois encouragées; bref, il est formé dans le moule qui produit les hommes; les chefs de famille prêts à conduire les destinées de toute une famille, prêts à diriger et à dominer. De cette domination lui viennent des droits “naturels” parfois iniques qui heurtent la justice, l’égalité et les sentiments de la femme. Ces droits, parmi lesquels la polygamie, sont souvent source de nombre de problèmes dans les ménages. Malheureusement, l’islam, en autorisant la polygamie, en l’encourageant parfois même, apporte de l’eau au moulin des pratiques polygamiques de l’Afrique traditionnelle. Aujourd’hui que l’Afrique connait des mutations et que des changements de mentalité s’observent à travers les générations, l’islam a-t-il toujours une prise sur la femme musulmane? Les réponses à cette question peuvent varier d’un point de vue à un autre. Mais en nous basant sur les points de vue de Ramatoulaye, sur son entendement de ce qu’est le mariage; sur son refus de revenir comme épouse à son beau frère après la mort de son mari; bref, sur ses prises de position dans “Une si longue lettre” de Mariama Bâ, nous pouvons affirmer que la jeune femme musulmane est en train de se libérer des liens islamiques qui l’asservissent encore.
Kofi Amédékanya
Ohio State University
Amedekanya.1@osu.edu